Le sillon secret pour me suivre...


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mardi 25 juin 2013

Condoriri et Pequeno Alpamayo - Cordillere Royale

Du 17 Mai au 20 Mai 2013


Jour 1 :


Aujourd'hui, comme trop souvent ces derniers jours, Bloqueos! Les grèves battent leur pleins, nous devons partir a 7h selon l'agence pour éviter ces derniers. Nous embarquons donc dans une vieille petite camionnette, beaucoup trop vieille même car elle peine fortement a gravir les pentes de la ville menant a El Alto en 1ère, même en faisant des zigzagues pour tenter d'amadouer pente. Nous devons sortir de la camionnette plusieurs fois pour pousser. Mais nous voila bloquer, il n'est que 7h10, une route un peu perdue est remplie elle aussi de gens déjà, des pierres a la main au cas ou nous tenterions de forcer, aucune intention! Notre chauffeur dégote alors une piste raide en terre, nous voila "valdinguer" a l'arrière pendant quelques heures avant de rentrer sur une "autoroute" par un passage découper dans la barrière de sécurité... des routes secrètes comme ça il y en a plein ici, suffit de connaître! Bref au terme de 2 nouvelles heures de route a travers des petits villages perdus dans une brume épaisse, nous arrivons dans un hameau fait de maisonnettes toutes en terre. Nous déchargeons et affrétons les sacs pour les mules. Nous sommes donc 6, Eugenne (ukrainien), et sa copine australienne, Arthur et moi-même, ainsi qu'un guide de haute montagne (Mauricio) pour Eugenne et moi-même, et un cuisinier guide de trekking aussi a l'occasion (Patricio) pour mademoiselle et Arthur.

Bloqueos

Camionnette légendaire...

Jouflu le gamin!



Nous devons rejoindre le camp de base aujourd'hui, en principe 2h30 de marche d'approche. Les sommets de la Cordillère Royale s'offrent légèrement a nous au loin au dessus d'un lac, a travers quelques nuages épais. La route est belle, nous croisons quelques lamas, les montagnes grossissent, du moins leur base car le reste est caché. Et nous arrivons enfin au refuge, pose sur le bord d'un grand lac Laguna Chiar Khota claire qui reflète a merveille. Le refuge est sobre, fait de pierres, il parait mis a nus dans un paysage si minéral, mais nous n'en demandions pas tant, table et matelas de pailles sur le sols, royale, comme la cordillère! Ça tombe bien car malheureusement un microbe traîne dans l'air et Eugenne semble en faible forme... Nous devons faire le Pequeno Alpamayo 5370m cette nuit. Le guide nous annonce alors que les conditions sont plutôt mauvaises, fortes précipitations ces derniers jours semble-t-il, il n'a pas l'air très rassuré de tenter le sommet. Quoi qu'il en soit, nous préparons nos sacs. Je m’évertue a vider tout matériel inutile afin d’alléger ma charge au maximum. Et la nuit tombe, nous sommes collé les uns aux autres dans ce petit refuge, c'est une carapace contre le froid qui dehors sévit. Si un jour je deviens architecte, je crois que ça me plairait beaucoup de me spécialiser dans l'architecture de montagne, celle qui doit résister a des forces naturelles hors du commun, perchée sur le flanc d'une montagne, seul refuge de survis pour l’être humain qui ose s'y aventurer, indispensable, isolé, une petite construction robuste solitaire et hors du temps... Impossible de dormir, j'alterne entre chaud et froid, et je sens qu'une bataille de taille de livre dans mon ventre, je n'y peut rien. Vers minuit, je me lève, la gorge desséchée faire un tour dehors pour reprendre mon souffle, quelque chose cloche, nous devons partir dans 2h en principe et si mon état ne change pas c'est râpé. 2h, le réveil a sonné, c'est de pire en pire, je ne prends même pas la peine de me lever, et je m'entretiens rapidement avec Eugenne pour lui souhaiter bon courage. Quelques 20 minutes plus tard, je me lève en trombe et sort de refuge pieds nus après une longue bataille avec mon duvet, pour rendre le dîner qui n'est pas passé. Le verdict est tombé, me voila grelottant dans mon duvet condamné à attendre...



Nouvelle doudoune pour remplacer celle volée... North Face a 35€... benef.

La cordillere royale

Le lama règne dans cette region.


les matelas de paille.

Refuge 5 etoiles!



Jour 2 :


Repos et médicaments m'ont tout de même calmé, je squatte le refuge toute la journée. Eugenne est revenue en fin de matinée au refuge avec le guide, il a l'air éprouvé par la fatigue mais les yeux pétillants d'une vision d'un autre monde : il me raconte. Conditions particulièrement difficiles, neige profonde, le guide était épuisé a force d'ouvrir la voie dans la neige fraîche. Ils ont atteint la première arrête vers 7h semble-il, donc après 5h de marches intenses. A cette heure il auraient en principe du atteindre le sommet, mais il est trop tard ils doivent faire demi-tour. Un peu frustré de ne pas atteindre le sommet mais visiblement ils n'en n'avaient plus la force ni le temps. Le paysage est tout de même superbe depuis cette arrête semble-t-il, et surtout Eugenne a fait l’expérience de tomber dans une crevasse dont le guide la rapidement extrait. Son récit me passionne, et je n'ai qu'une hâte c'est de guérir avant le deuxième sommet! En principe demain c'est jour de repos, rien au programme a part des jeu de cartes comme aujourd'hui pour moi.


Le Condoriri, tete du condor.

A la Izquierda.


Pico Austria.

Jour 3 : 


J'avais demander a Arthur de me réveiller ce matin quand il partirait faire son petit sommet Pico Austria 5270m avec le cuistot, au cas ou le temps serait favorable, et que je me sentirais mieux. Il est 7h et les deux conditions sont réunies, je suis encore un peu faible mais rien de tel qu'un peu de sport pour évacuer les derniers signes de maladies.

Pico Austria porte son nom car il fut grimper pour la première fois par un autrichien. Il n'y a pas assez de sommets dans les alpes que les autrichiens devaient venir en Bolivie pou faire des premières... sacré autrichiens! C'est un sommet composé de pierre volcanique, noire et rouge, rarement recouvert de neige car sa hauteur n'est pas souvent suffisante et il est un peu éloigné de certains sommets plus hauts dont il aurait éventuellement put profiter des glaciers. Pourtant on aperçois clairement une fine couche neigeuse en ce moment signe de conditions neigeuses exceptionnelles. Nous partons donc rapidement avec Arthur, je peine encore a retrouver mon rythme d'antan mais c'est une bonne marche d'acclimatation, et Patricio l'air ravi de  gambader en notre compagnie, il adore son métier.

Patricio et Arthur



Aguja Negra, 5290m. Pic jamais grimpé. Je le trouve splendide.


Encore une tete un peu malade, mais c'est sur la bonne voie!

Copine d'Eugenne.

Au centre, un croisé entre marmotte et lapin de montagne.  Ils sont en foules ici a se dorer la pilule.


De l'autre coté du col.

Pico Austria



Sur la crete sommitale.


Les guides appels toujours leurs femmes en haut d'un sommet... quand réseau il y a.

Des ambiances de Mordor (cf seigneur des anneaux).

Nous sommes de retour au refuge vers 11h. En début de soirée, un nouveau groupe débarque, 3 chiliens et un anglais accompagnés de leur 2 guides. C'est un groupe très sympathique bien qu'assez bruyant, après discussions nous apprenons qu'ils vont tenter le Pequeno Alpamayo, mais visiblement l'histoire d'Eugenne les refroidis. Dans ce groupe, il y a deux jeunes chiliens, dans les 25 ans, l'autre chilien approche plutôt des 35 ans, le physique extrêmement "sec", il est guide aussi du coté d'Atacama (Chili), et ensuite l'anglais, une bonne quarantaine peut-être, un type assez original voir un peu schizophrène sur les bords, parfois il vous prend a l’écart et parle des sommets qu'on va faire avec suspicion, on dirait qu'il espionne a moitié les guides, comme si il avait peur que les guides lui mentent sur les conditions... c'est assez drôle au début mais plus fatiguant a la fin. bref tout ce beau monde se range enfin de comptes de notre cotés et décide de nous suivre pour l'aile droite du Condoriri.

Eugenne et sa copine. 


Jour 4 : 


1h du matin dans le refuge. Branle-bas de combat. Les pauvres qui dormaient encore ne font pas long feu, les chiliens ont déjà l'air de faire la fête, ils me font penser aux italiens d'Amérique Latine! Eugenne me confie qu'il ne se sent pas bien... décidément. Il se gave d'efferalgan et calmants en tout genre, et décide tout de même de tenter l'aventure avec nous. Nous voila partis dans la nuit noire, le ciel est claire, comme toujours a cette heure-ci ici, en général après 10-11h le voile se lève. Les étoiles guides nos pas. Nous sommes trois cordées donc, longeons tranquillement le lac, les pieds enfermés dans nos chaussures d'alpinisme a coque (ou devrais-je dire d'andinisme?). Les cailloux qui jonchent le sols sont très glissants, car l’humidité du lac de début de soirée gèle pendant la nuit, c'est une vraie patinoire et nous tombons tous au moins une fois. Arrivés de l'autre coté du lac, Eugenne s'arrête un moment. Après un court pour-parler, il décide de nous laisser continuer et de rebrousser chemin... dommage nous n'aurons décidément pas effectué de sommet ensemble! Mais il ne veut pas prendre le risque de faire rebrousser chemin a notre petite équipe si vraiment ça ne va pas plus haut, et a ce stade il peu encore rebrousser chemin seul facilement. Je lui en suis reconnaissant. Nous observons au loin la lampe frontale évoluer dans la nuit jusqu'au point de départ.

Nous continuons a marcher dans une sorte de pierrier, le chemin si faufile mais n'est pas clairement tracé, et la nuit noire nous induis plusieurs fois en erreur. Heureusement ma lampe frontale est puissante, et je retrouve plusieurs fois le chemin... le guide ne me rassure pas trop, il se trompe souvent de chemin et je me sens mal a l'aise de devoir le rappeler a l'ordre. Nous atteignons progressivement la neige qui recouvre a présent le pierrier, c'est un terrain assez glissant. Mais au moins dans la neige je guide semble plus a l'aise. Nous entamons alors une forte pente. Chaussage des crampons. J'ai tanné encore une fois au petit matin le guide pour qu'il nous emmène par une vie un peu plus technique afin que nous progressions en alpi', tant qu'a posséder deux piolets techniques, autant s'en servir! Les cordées derrière nous semblent contourner l'obstacle. En effet notre pente est inclinée a 60-70°, et file progressivement entre des parois rocheuses créant une sorte de goulet large d'une dizaine de mètres. Mais la neige ne s'est pas trop accumulée ici, peu de risque d'avalanche selon moi. Nous avons un bon rythme et grimpons la pente en une trentaine de minutes, pour arriver sur un replat coincé dans les rochers. Quelques mètres plus loin commence le glacier. Il n'est que 3 heure du matin, le guide me confie que nous sommes bien trop en avance sur le programme, si nous continuons a ce rythme nous serons au sommet trop tôt pour le levé de soleil... a cette altitude, vous ne voulez pas attendre en haut d'un sommet plus de 20 minutes sans soleil. Nous patientons donc devant "l'entrée" du glacier, qui s'ouvre sur ma gauche sur une nouvelle vallée.

Après s’être repus de mathé chaud que j'avais emmené, nous entamons le glacier, mais dans un pas si lent qu'il est a la limite du ridicule. "Tranquiiiiilo!" Rien ne sert de courir, il faut partir a point... certes! Au moins nous économisons des forces, les groupes derrière nous rattrapent progressivement, on les distingues au loin comme une brochette de petites lumières vacillantes, perdues dans l'immensité glaciaire. Le jour se lève progressivement, enfin, il est 5h30, une pale lumière qui se reflète dans la neige et qui nous sort de ce monde aux apparences hostiles, pour découvrir un monde... en réalité vraiment hostile. Tout va bien! La neige deviens de plus en plus profonde, et plus molle, les pas malgré les crampons s'enfoncent souvent jusqu'aux cuisses et il devient épuisant de faire le moindre pas. Pour faciliter le travail de progression nous marchons a genoux, la surface d'appuis est ainsi plus grandes. Mais grimper une montagne a plus de 5000m sur les genoux... bonjour la galère, même en se levant de bonne heure! Nous ne sommes plus très loin de la fin d glacier quand commencent a apparaître les crevasses. Une lèvre béante nous barre le chemin habituel, je propose donc de la contourner ce qui nous oblige à redescendre un peu. La pente est d'environ 40° lorsque toujours en train de batailler avec l'épaisse neige nous entendons un profond "VvouuuFff!!" C'est le son typique, résonnant et amortis, profond et vibrant, d'une plaque de neige qui s'affaissent, l'étape ultime avant que cette dernière ne se détache pour créer une avalanche..... Je vois devant moi, une dizaine de mètres plus haut une fine fissure qui parcours la neige et qui continue plus loin que la portée de mes yeux. Le guide se retourne alors vers moi et me cris "Vamos Vamos!". Nous courons. Je cours, mes appuis sont donc augmenter pour sauter et sortir des tas de neiges, mais c'est alors qu'un pont de neige jusqu'alors invisible cède sous mon poids... Quelques millièmes de seconde et je me sens comme aspirer par la gravité, impossible d'y échapper. Équilibre risqué et précaire, j'ai les jambes dans le vide, je ne distingue pas sous moi quelle est la profondeur, mais la lèvre montagneuse tente de m'aspirer comme une vulgaire spaghettis. D'abord je suis paralysé, je ne pense a rien, puis je respire doucement et inspecte lentement la situation. Me voila coincé dans la neige jusqu'au torse, mon bassin et mon sac semble contenir mon corps de glisser plus profondément dans le trou, mais aussi mes deux piolets que j'ai eu le temps de planter en tombant par réflexe, je suis amarré. Je fait signe au guide qui ne met pas longtemps a comprendre la situation, dans un sang-froid visiblement habitué il accélère le pas pour monter plus haut et lâcher la quarantaine de mètres de corde qui nous sépare, afin de s'éloigner de la zone avalancheuse avant de m'assurer. Me voila sortis d'affaire, tout les sens en alerte, plus réveillé que jamais, une bonne dose d'adrénaline circule dans mon corps.
Un peu apres la crevasse

Condoriri, vu de coté, on le longe. Le petit passage avec de la neige qui remonte est le goulet a escalader pour atteindre le sommet.


Nous grimpons rapidement jusqu'au bord de la falaise du Condoriri, il semble que nous soyons plutôt sortis d'affaire en débarquant sur un champ de neige vierge bien plus plat. Le jour rose se lève progressivement sur la vallée et le Condoriri, paysage magique que je n'ai pas le temps de capturer dans mon Canon G12. Des voiles de nuages et de brumes apparaissent et semble nous lécher les pieds. Nos entamons alors la dernière pente qui mène au sommet, pente a 60° dans des conditions qui semblent relativement dangereuse vu l'état de la neige. Nous grimpons donc d'une traite sans s'arrêter, droit devant, "cap sur le sommet capitaine!"; pas de zigzagues qui fragiliserait la manteau neigeux, il s'agit de ne pas prendre de risques. Quelques derniers pas ou j'accélère, presser d'en découdre et nous voila tout deux avec Mauricio a 7h00, au sommet seul, 5482m, nous nous tombons dans les bras. C'est un fin dôme de neige pure, baigné d'un soleil diffus a travers la brume et le neige qui vole ici. Magistrale, difficile à décrire.


Derniere ascencion! Vamos!

Cumbre!




Le sommet, a la Derecha, 5482m.

FAT. Je plante mes piolets sur le crane de la montagne. Derrière moi majestueux, le Condoriri.

Mauricio fait le Condor.

Victoire.

Goulet de passage vers le sommet du Condoriri.

Incroyable pyramide qu'est ce Aguja Negra, "seulement" 5290m, mais il semble sortir tout droit d'un reve.


La descente est majestueuse, tout le paysage invisible a la monté se découvre a mes yeux, nous avançons vite, rythmé par les pauses photos. Le Condoriri vu d'en dessous est majestueux, et la pente de l'aile gauche (a la Izquierda) gigantesque parois glacée donne froid dans le dos. Un certain nombres de légendes y sont attribuées, et un écriteau métallique est plaqué sur une parois proche de nous pour faire hommage aux morts.
cette montagne est un terrain de jeu bien dangereux, ce qui en la rend probablement plus belle, plus mythique et inaccessible...




Un vrai zouave ce guide!

Vraiment raide didonc... un vrai zouave je disais!


La marche sur le glacier se termine au bout de la trace.

D. a G. : Condoriri, et Ala Izquierda (a gauche en espagnol). Sommets aussi mythiques que dangereux.



La fameuse pente technique a 70°.


La fameuse pente technique a 70°.

La Paz...

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